C

Je mes sens immédiatement en confiance avec Alberto et Aziz.

Alberto roule une bonne partie de la matinée et, hasard, on s'arrête au bord du lac, près de Karlstad, pour casser la croûte.

Je me fais un auto-contrôle rapide. Bilan : guéri. J'ai tourné la page. Déjà ! La tristesse s'est évaporée. Adieu A...(prononcer O...) et A...

Après une courte sieste à la fin du repas, on reprend la route, pour s'arrêter quelques kilomètres plus loin, à un marché.

Je les aide à vider la voiture et installer les étals.

—Tu nous joues quelque chose ?

The lunatic is -encore- in the grass.
Mais, peu à peu, mis en confiance par l'indifférence du public, des chalands qui lorgnent distraitement la marchandise, je me laisse aller à des improvisations rythmiques, tribales.
Et je me fais plaisir.


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Quand on a fini de remballer, Alberto me demande de prendre le relais, au volant. Il m'indique le chemin, sur la carte, et me demande de le prévenir quand on arrivera à ...

On prend des petites routes, s'arrête pour le repas du soir, au bord de la route, d'une forêt.

La nuit ne va pas tarder à arriver. Eux deux se concertent sur le meilleur endroit pour la passer. On a encore deux-trois heures de route avant d'y arriver.


Je roule dans l'obscurité absolue d'une forêt épaisse, à peine découpée par le sillon de la route.

Je ne vois qu'une bande étroite, pâlement éclairée par les phares jaunâtres de la vieille voiture fatiguée.

Dans ce silence total, d'où n'émerge que le ronronnement du moteur, j'ai une allucination.


Un monstre vient d'apparaître sur la route.

Une sorte de Quasimodo maladroit sur quatre pattes, reste brièvement dans la lumière, puis disparaît dans un déhanchement.

Je freine de toutes mes forces et tout se qui était sur la lunette arrière part valser dans l'habitacle et sur Alberto et Aziz, assoupis sur la banquette arrière.

—Qu'est ce qui se passe ? Qu'est ce qu'il y a ?

—Un monstre. J'ai vu un monstre, là !
—Un monstre ? Où ?

J'indique l'endroit, devant nous, maintenant vide.

—Qu'est ce que tu as vu, exactement ?

—Je ne sais pas. Je n'ai jamais rien vu de semblable. Une sorte de cheval tordu et difforme, en plus grand.

Ils rient.

Ils se tordent de rire tous les deux.

Ils me regardent, sans doute encore pâle de ma frousse, et repartent de plus belle. Ils pleurent de rire.

—Un monstre ! Ah, ah, ah, ah, ah !

—Tu as vu un élan ! Ah, ah, ah, ah, ah !

—Il avait de cornes, des bois, sur sa tête ?

—Non. Une grosse tête. Comme un cheval enflé.

—Une femelle. Une femelle élan. Rassure-toi, c'est l'heure où ils sortent des sous-bois pour manger.


Nous repartons, moi toujours au volant, mais l'oeil aux aguets, au cas où un autre élan traverserait brusquement la route.

Nous arrivons un peu plus tard à destination, une petite auberge fondue dans le noir.

Nous y passons la nuit.






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