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Histoires de Manuel - Hé toi ! Que faisais-tu à 18 ans ? En... - page 3

Hé toi ! Que faisais-tu à 18 ans ? En...

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Histoires de Manuel

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Vendredi, juin 22 2007

1979. Oh, ça suffit !

karlstad_sto2.jpg

Je prends le train Karlstad - Stockholm. Je dois faire une escale après Karlstad et changer de train.

Autant que ma carte Inter-Rail me serve à quelque chose.

Je suis un peu...découragé ?

La tournure que prennent les événements n’était pas prévue.

C’est à dire que rien n’était prévu, si ce n’est qu’un vague et puissant désir sombre, lourd comme un orage, me poussait.

D’un souffle, Ässa (prononcer Ossa) vient de l’éparpiller dans l’air scandinave.

Entraîné par les événements, je me laisser mener.

Stockholm, ville claire. Comme à Göteborg, je me fais royalement ignorer, jusqu’à ce qu’une femme daigne s’arrêter et répondre à ma question.

—Le bateau-auberge ? It don’t exist anymore. He’s under the water.

—What ? I don’t understand.

—He’s under the water. Broken. Finished. Over.

Coulé. Ässa (prononcer Ossa) est très forte en combat naval.

Je reste idiotisé par la nouvelle. Une demi-journée de train pour venir ici, où je n’ai rien à y faire, pour apprendre ça. Je marche au hasard, vers les quais. Voir la mer, au moins...

Il faut que je loge quelque part, cette nuit. Il y a d’autres auberges à Stockholm, ça je le sais.

Je demande.

—Oh, yes. You have a nice one, the Af Chapman. Near from here. It’s a ancient boat. Very nice.

—Yes but it’s broken. Under the water.

—What ? The boat ? No ! It’s there, just at few squares from here.

—Are you shure ?

—Shure ? Of course, I’m shure ! I live near from it. I see it every day.

Bon, c’est quoi cette histoire.

Coulé ou pas coulé ?

Je marche dans la direction que le gars m’a indiqué, et là, je l’aperçois. Un grand voilier blanc.

C’est lui. Flottant. Vivant, dirais-je presque. La passerelle est baissée et semble m’attendre.

La roue tourne. Les dieux vikings ont eu pitié de moi. Merci Thör, merci Odin, merci Volvo. Je ne connais que ceux-là.

2193080-Hostel_af_Chapman-Stockholm.jpg

Après les formalités d’inscription, je m’installe dans ma chambre-cabine. Je la partage avec d’autres personnes dont le temps a effacé de mon souvenir, le visage et les formes.

Il y a moyen de prendre un repas, relativement bon marché, ce qui, pour moi, est encore excessivement cher. Je compte chaque Couronne maintenant.

Je n’ai pas une once de graisse, en revanche. Si ma mère me voyait...

Pendant que je mange, deux gars viennent s’asseoir à la table d’à côté. Ils discutent en espagnol.

Je ne peux m’empêcher de les dévisager, tellement je suis surpris d’entendre parler ma langue maternelle.

—Tu comprends l’espagnol ?

—Oui. Je suis Espagnol.

—Salut alors. Je m’appelle Alberto, et lui c’est Aziz.

Alberto est Argentin. Il a fuit la dictature, ça fait trois ans qu’il est là. Ils font du commerce lui et Aziz. Aziz est Algérien. Ils parlent en espagnol entre eux et voyagent, achètent et revendent des vêtements et colifichets, sur les marchés.

—Et toi ? Où vas-tu ?

—Par là...

Je fais un geste vague devant moi.

—Par là, c’est la mer. Tu sais nager, au moins ? Et une voiture, tu sais la conduire ?

—Oui.

—Tu as ton permis ?

—Oui.

—Pourquoi tu viens pas avec nous ? On va en Norvège, à Stavanger, mais lui, il conduit pas, et à deux ce serait plus confortable, on se relaierait. On est des gens bien, on peut bien s’entendre.

—J’ai beaucoup de bagages.

—Combien ?

—Un grand sac à dos, un autre sac, ma guitare...

—Tu joues de la guitare ? Magnifique ! Tu pourras jouer sur les marchés, pendant que nous, on vend. Ça te dis ?

—Oui, ça me tente.

—Estupendo ! On part demain matin très tôt. Six heures trente. Stockholm est beaucoup trop chère. On doit partir d’ici avant qu’on dépense tout ce qu’on a gagné...

—D’accord. Demain matin, je serai prêt.


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Jeudi, juin 21 2007

1979. A nous les petites Suédoises...

J'arrive à Karlstad.

Le voyage m'a pris deux ou trois jours, je ne sais plus exactement.
J'appelle Ässa (prononcez Ossa) dès mon arrivée depuis une cabine publique, et elle vient me chercher. Je ne sais plus comment.
Arrivés chez elle, elle me présente à ses parents.
Je suis un peu intimidé et me sens comme un renard déguisé en poule, mais qui s'est trompé et est entré dans le chenil plutôt qu'au poulailler.

Ässa (prononcez Ossa) me montre la chambre d'amis et la salle de bains. J'en ai besoin... La salle de bains est aussi grande que l'appartement de mes parents, toute carrelée, du sol au plafond, et ouverte, une seule pièce non-compartimentée, avec l'évacuation des eaux au centre. J'hésite à l'utiliser, de peur de la salir, si blanche, immaculée.

La maison est située dans un quartier résidentiel, au vert, calme.
Je parle avec Ässa (prononcez Ossa) au jardin, puis sa mère vient l' appeler pour le repas.

Au menu: des biscottes, crudités et un bloc de fromage qu'on découpe en très fine tranches avec une espèce de mini-raclette à main.
Frugal.
Ça me changera des repas chez les Espagnols, mais c'est déjà mieux que tous les repas pris depuis mon arrivée en terres scandinaves.

Le lendemain, nous retrouvons Agnetta. A elles deux, elles organisent un petit pique-nique (biscotte, fines tranches de fromage...) au bord du lac.
Ässa (prononcez Ossa) et Agnetta me racontent leur vie à Karlstad, leur première année d'université qui vient de s'achever. L'une étudie la littérature scandinave, l'autre la philosophie.

—Et toi ?
Moi ? Je n'ai plus pensé à mon boulot depuis mon départ. La réalité me rattrape brutalement.
J'explique mon travail dans le bureau d'études de la Faculté Polytechnique de Mons. Je raconte qu'en réalité j'y apprends mon métier, qu'en sortant de l'Institut, je ne savais rien.
Elles trouvent ça passionnant, me disent-elles. Je n'avais jamais envisagé mon travail comme ça. Passionnant.

Agnetta a apporté sa flûte traversière et nous joue quelques airs. Du Bach ? Ou du Mozart ? Après on essaie d'improviser à deux, j'ai apporté ma guitare, mais ce n'est pas concluant: elle est très classique et moi trop autodidacte débutant...

—Et vers où comptes-tu te diriger demain ?
La question de Ässa (prononcez Ossa) me prend au dépourvu. Mais c'est clair et net. Demain, je pars...
—Stockholm.
Je le dis sans réfléchir.
— Oh, Stockholm ! Nice city. You will love it ! me disent-elles en choeur.
Sûrement, je dis.
Je suis venu en Suède uniquement dans ce but, voir Stockholm...

—Quand tu arrives, va loger à l'auberge de jeunesse bateau. C'est très beau. Je ne me souviens plus de son nom, mais tout le monde la connaît, si tu demandes. Tu te souviens du nom de l'auberge, Agnetta ?
—Non, je ne sais plus.
—Ce n'est pas grave. I will find it.


Fin de l'acte à Karlstad.
Et à propos de bateau, je me suis fait joliment mener, non ?

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Dimanche, juin 17 2007

1979. Sur la route des Lacs.

Vous ai-je dit qu'il faisait chaud, ce printemps-là ?

Il faisait très chaud ce printemps là !

Je m'approche, lentement, du but présumé de mon voyage. Karlstad. La ville où vivent les deux Suédoises, Ässa (prononcez Ossa) et Agnetta.
Non, je n'éxagère pas.
Combien d'entre vous vont commencer à prononcer ASSA, dès que j'arrêterai de dire qu'il faut prononcez Ossa ? Hein ?

Bon, je me dirige vers le centre de la Suède. J'ai pris le bus pour sortir de Göteborg, jusqu'à une petite ville, dont je ne veux pas me rappeler le nom (allez, les littéraires...).
Je me souviens que, dans la rue principale d'une très petite ville, j'ai flippé. Je marchais, et au détour d'une ruelle, m' est apparue une bande de bickers, Hell's Angels, avec croix gammées, motos d'enfer et mines de circonstance. Une trentaine de brutes, d'apparence du moins, et du reste aussi, si tu veux mon avis. Je n'en menais pas large, pendant que je m'obligeais à continuer à marcher, l'air dégagé, avec mes bagages, guitare et sacs, sous leurs regards appuyés. Tout ça sans un mot.
Road Movie. Le voyage forme la jeunesse.

Je suis sorti de cette petite ville, à pied, avec l'intention de faire du stop. Personne ne passait. L'air était lourd et dense. Mes vêtements me collaient à la peau.
Je me souviens d'un pont sur l'eau. Je me souviens de m'être arrêté sur ce pont et contemplé un instant de me laisser aller à la rage qui me vrillait depuis un temps les entrailles, d'empoigner ces bagages et tout balancer -tout, sauf la guitare- dans l'eau, rivière ou lac, je ne sais plus. La raison a été plus forte.
Je me suis assis à l'ombre, un peu plus loin. Je réfléchissais.
Voilà, la première fois que j' étais seul, ailleurs, sans repères. Hors de mon environnement. Je me suis senti plein de joie et plein de terreur, les deux mêlés. Je n'avais pas encore appris à pleurer et les émotions me faisaient trembler des pieds à la tête. Heureux et malheureux, les deux ensembles. Je me sentais béni, mais avec la possibilité qu'il s'agisse d'un piège ourdi je ne sais où ni par Qui, dans le but de me perdre.

Une voiture arrivait enfin sur la route. Je me suis redressé et ai adressé le signe. Elle s'est arrêtée.
Aujourd'hui je ne saurais dire qui conduisait, ma mémoire se souvient juste d'impressions de lieux traversés. Petites villes, villages, beaux, paisibles. Je me sentais mieux. Je me laissais guider en silence, perdu dans la pensée de ce que je venais de découvrir de moi, peu avant. Troublé, de plus en plus par le but véritable de ce voyage. Qu'est ce qui me poussait ? Etais-ce vraiment l'envie (je ne connaissais pas le mot désir) de ces deux jeunes femmes, Ässa (prononcez Ossa) et Agnetta ? Ou n'étaient-elles que le prétexte pour autre chose ? Un mouvement que je devinais vivre, autonome, à l'intérieur de moi.

Je suis descendu de la voiture et, cette nuit-là, j'ai fait étape dans une Auberge de Jeunesse.

Demain, ce sera la dernière étape. L'arrivée au but.

Et voilà que, imperceptiblement, je le redoute.

M.

1979. Miracle à Göteborg.

Une voiture freine devant les marches, une jeune femme en sort.

—Manuel ? It's you ?

C'est Ässa (prononcez Ossa), une des deux Suédoises que je viens visiter.

Attention, attention. J'avais demandé aux incrédules de sortir !

Oui. C'est incroyable. Oui. Complètement. Et moi, assis sur mes marches j'en suis pétrifié.

Je bredouille:

— Ässa (prononcez Ossa), that's incredible !

— But, what are you doing here, Manuel ?

— I come visiting you and Agnetta. But I lost your address, I don't know where...

— Really ? That's completly incredible I find you here ! It was a shock when I saw you sitting on the stairs...

Ässa (prononcez Ossa), me raconte qu'elle passe quelques jours avec un "friend" à Göteborg. En effet, un géant blond, beau et musclé vient de sortir de la voiture et nous regarde.
Suède 1- Espagne 0.
Bon, il y a encore une possibilité avec le match amical Agnetta, l'autre Suédoise (prononcez Agnetta)...

Ässa (prononcez Ossa et vous remarquerez qu'elle m'a reconnu et se souvient de mon prénom), me dit qu'elle ne va rentrer à Karlstad que dans deux jours (je regarde furtivement le géant blond) et que je suis le bienvenu chez elle, à ce moment-là. Elle me redonne son adresse, numéro de téléphone et m'indique comment y arriver.
— It's at about 300 km from here. You can go by bus.

Ou en stop. Vu le prix des choses dans ce pays, je vais choisir le stop.

Je choisis les deux, et comme je suis fatigué de mes émotions, je commence par le bus, afin de quitter Göteborg au plus vite, et m'approcher de la région des lacs.
J'irai à mon aise, et maintenant que mon ange gardien s'est manifesté en guidant Ässa (prononcez Ossa) vers moi, je suis serein.


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Samedi, juin 16 2007

2007. Nostalgie.

Juste là, à l'instant, au moment où je fais la vaisselle en écoutant France-Inter (23h40), ils passent la version intégrale de "GET READY" de Rare Earth.

Qu'est ce que j'ai dansé dessus...

1979. Göteborg. L'arrivée.

J'ai peu de souvenirs de Göteborg, en tant que lieu.

J' y arrive par bateau, depuis Frederikshavn (Danemark).

1979 est une année exceptionnelle : cette fin de printemps accuse des températures record. Bref, il fait très chaud. Heureusement que j'ai pris mon pull norvégien et les tonnes de chaussettes. Aux pays des saunas, je suis en harmonie et transpire... Je marche depuis le port. Je demande mon chemin.

— I want to go to Karlstad.

— Yes, you have a bus, near the station.

Je m'arrête pour acheter de l'eau fraîche. Ils sont fous ! Ici, l'eau est fabriquée avec des diamants. Tout est cher. J'étais prévenu, mais je ne m'attendais pas à ça.

Je m'arrête pour faire le point. Je fais le bilan de mes finances (Déjà ! Alors que je viens d'arriver) et me rends compte à cet instant, que le papier avec l'adresse de mes Suédoises a disparu. Je déballe tout, vérifie mes poches, rien ! Je l'ai perdu... Sans doute sur le bateau. Plus la peine d'aller à Karlstad, pourquoi faire ? Et justement, quoi faire maintenant ? Je panique. Quel con !

Perdu dans ces sombres pensées, je me fais aborder par deux jeunes gars. Ils me demandent d'où je viens, où je vais. Je leur raconte un peu. Je suis un peu déprimé.

—Don't worry, me disent-ils. Come with us !

Chacun d'eux trimballe un ou plusieurs sacs en plastique. Je les suis, avec tous mes sacs , moi-aussi.

On se retrouve dans un parc, sur la pelouse. Ils me présentent à tout un groupe de jeunes gens, garçons et filles, occupés à déballer des sacs. Que des bouteilles de boissons alcoolisées : bières, Martini, vins bon-marché...

Une demi-heure après, ils sont tous fin saouls. Moi, j'ai prudemment bu un seul verre, que j'ai fait durer en jouant de la guitare.
"The Lunatic is in the grass"

Je suis sidéré. C'est leur passe-temps. Récolter de quoi boire, puis mettre en commun et se saouler.

Je reste avec eux tout l' après-midi, partage le restant de mes provisions. Du reste, il n'y a pratiquement que moi qui mange.

— Tu sais où dormir, ce soir ?

On me demande.

Non, je dis.

— Come with us. We have a nice place.

C'est un skat, très délabré. Une maison en ruines. Mais les habitants sont très accueillants. lls me demandent d'où je viens, et des choses sur moi. Je partage mes dernières cigarettes. Ils partagent une pizza, ou quelque chose comme ça.

Je suis fatigué. Une des jeunes filles du skat me dis de la suivre, elle va me montrer mon lit. C'est son lit.

— You can sleep in my bed, with me.


Le lendemain, je dis au-revoir, les remercie. Je n'ai pas envie de rester là.

Mais je ne sais pas où aller. Que faire ? Continuer sans but ? Retourner à Bruxelles ?

Je marche toute la matinée dans Göteborg. J'ai atteint le centre ville, la ville moderne et affairée. Si je demande quelque chose à quelqu'un, mon chemin ou une information, les gens ne s'arrêtent pas, ils ne me regardent tout simplement pas. Je suis invisible.

J'ai acheté (cher) du pain et du fromage dans un supermarché et m'installe sur les marches d'un vieux bâtiment un peu pompeux mais désaffecté. Ça ressemble un peu à la Bourse de Bruxelles. Un petit point de repère familier en ce moment où j'ai besoin de réconfort.

Alors que je mange, une voiture freine juste en bas des marches...

Attention, attention, à partir de cet instant, les incrédules sont priés d'abandonner le blog !!

Je répète, à partir de cet instant, les incrédules sont priés d'abandonner le blog !!


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Vendredi, juin 15 2007

1978. Flash-back

Oui, la Scandinavie me fait me souvenir.

L' année précédente, été 78, je suis parti un mois avec mes potes, Fernando et Juani, en Bretagne. On va faire du camping, sauvage, là où on peut. On est descendus avec la vieille Corolla rouge de Fernando. On compte faire le tour du monde en voilier, ensemble, plus tard. On suit des cours de voile, et on a déjà fait une traversée de la mer du Nord : Nieuwport -> Ramsgate. Moi je lis tout Moitessier et Joshua Slocum.

Les cours théoriques on les prend à Bruxelles, au-dessus d'un café, Le Lion, Boulevard Léopold II. C'est une association qui s'appelle Groupe de Voile et Croisière de la Mer du Nord. Quand t'as fini de le dire t'as plus envie de monter sur un bateau... C'est là que je rencontre mon premier grand amour, Nancy, qui en savait beaucoup plus que moi sur les choses de la vie, malgré son air d'ange innocent.

Fernando, Juani et moi, il faut d'abord qu'on voie si on va bien s'entendre à trois avant d'envisager l'achat du bateau. Fernando et moi, on se connaît depuis un temps. On a fait toutes les secondaires ensemble. Mais Juani, c'est nouveau.

Et, entre lui et moi, ça n'ira pas. Au pied du Mont St Michel ça frôle l'empoigne. Je ne supporte pas ses airs de faux loubard qui se la joue (il cite à tout bout de champ Lavilliers), et lui ne me supporte pas du tout. Difficile de partager une tente pendant quelques jours, pas la peine d'essayer avec un bateau pendant des mois.

On restera quand-même amis, copains disons, mais distants, et moi, je me retire du projet.

Plus tard, à eux deux, ils achèteront une vieille barge à voile qu'ils retaperont et iront provoquer le destin sur un banc de sable au nord de la Hollande. Ils seront sauvés par un remorqueur, eux, pas le bateau.

En rentrant de vacances, cet été là, j'apprendrai que mes parents ont eu un sinistre total sur la route de l' Espagne.

Ce sera aussi le début de mon éloignement avec la communauté Espagnole de Bruxelles.

1978. Quelle chouette année !

Mercredi, juin 13 2007

1979. Chut, je dors. Bercé par le tric-trac des rails...

Clic sur l'image pour agrandir

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1979. Vers le Grand Nord

Fin Mai, fin prêt. Je pars dans deux jours et heureusement que j'y pense.

Qu'est ce qu'il y a au Nord ? Hein ? Allez, réfléchis!

Au Nord, il y a LE FROID !

Vite, j'empile mon pull Norvégien (celui qui gratte), chaussettes (plusieurs) de laine, deux chemises canadiennes et mes grosses bottines de cuir.

Hé, mais ! Ça rentre pas dans mon sac à dos. J'enfourne le tout dans un grand sac en plastique. Cette fois je suis paré.

J'ai fait exprès de choisir un jour de semaine comme départ, comme ça mes parents sont pas là, ils sont au boulot. Je les connais ! Ils sont capables de venir me faire le mélodrame jusqu'au quai du train.

Le jour S, comme Suédoise, je marche vers la gare du Midi. Purée, c'est lourd. Mon sac à dos plein (le dos !), à la main gauche deux sacs, celui avec la nourriture et celui avec les vêtements polaires. A la main droite, ma guitare dans son coffre blindé. La veste imperméable, celle de quand j'ai fait de la voile, je l'ai sur le dos, heureusement, je sais pas où je la mettrais.

C'est le matin, ouf, personne de connu en vue.

A la gare, j'ai difficile à passer les portes. Je m'empêtre avec mes sacs et le coffre de la guitare, mais je réussis à rejoindre le quai.

Le train est déjà là. Péniblement, je fais franchir à tous mes bagages les trois marches du wagon, trouve une place, case le tout et, assis, enfin, je me sens en voyage.

Le coffre de ma guitare ne rentre pas en haut, dans le compartiment des bagages à main. Il ira, plus tard, se glisser sous mon siège, mais pour l'instant, je le tiens serré contre moi, mon visage contre. Je regarde à travers la vitre le quai, où les gens s'activent. Ça sent le départ.

Mon coeur bat.

Qu'est ce que je suis heureux !

Mardi, juin 12 2007

1979. Vers les Icebergs.

Va falloir que je prenne le bateau. Je ne visualisais pas très bien, où c'était la Suède. Mes parents ne comprennent pas ce que je vais faire là-bas. "Chez des amis", j'ai dit.

Pas un mot sur les deux suédoises. Je prends un Inter-rail, achète un sac à dos bien solide, renforcé par des barres, au Stock Américain.

Ça y est, j'ai ma guitare ! Je joue " The lunatic is in the grass" et "Breathe". C'est super une acoustique. Je me risque même à chantonner, quand je suis seul. J'ai eu, pour le même prix, un cadeau donc, une caisse avec. Solide, toute noire.

Avec tout ça, mon argent a fondu. Il me reste très peu pour le voyage. Je décide de prendre le maximum de nourriture avec moi : des boîtes de conserve, du chocolat, des biscuits, deux bouteilles d'eau et des cigarettes.

J'ai fait l'itinéraire. D'abord train à travers l' Allemagne, ensuite bateau jusqu'à Göteborg. Là, je verrai ce qui est possible.

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Tout est prêt : mon sac à dos vert, mon sac de sport plein, ma guitare.

Allongé sur mon lit, je regarde mes bagages.

J'ai prévenu, au boulot, que je partais un mois.

Mais, peut-être que je reviens pas...

1979. Je suis amoureux d'une...

Ça m'est arrivé soudainement. J'ai l'habitude de'aller traîner rue du Midi, chez Pary's Flore, pour rêver un peu face aux guitares, et surtout, les amplis.

Je n'ai toujours pas d'ampli pour ma guitare électrique. Je la branche sur l'ampli de ma chaîne hifi, mais bon...

Rue du Midi, je pousse vers la Bourse, je me dis, tiens, je vais voir si JiM est chez lui. Au bout de la rue du Midi, presque au coin d'avec la rue du Lombard, il y a un nouveau magasin de guitares qui vient de s'ouvrir. Il est tenu par une femme très sympathique, je suis déjà rentré, traîner un peu, regarder, mais pour moi, c'est électrique qu'elle doit être une guitare.

Mais là ! Dès que je la vois, je sais que c'est elle !

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Je m'approche, la prends entre mes mains et la fait sonner...

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Aïe, aë, aïe

Il me la faut. Elle est belle devant comme derrière

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Les jambes flageollantes, je me décide et laisse un acompte. Elle sera mienne !

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Heureusement que je retravaille.

(La mienne avait une incrustation en nacre sur la touche en forme de branche. Tout le long de la touche. Faite à la main par un Japonais : T. HARUO )

Dimanche, juin 10 2007

1978. Chez Bij Toone

JiM et moi, de temps en temps, on va boire un verre et traîner du côté de chez Toone, à l'estaminet.

On va pas voir le spectacle. On discute de musique.

On a enregistré une maquette, chez lui, sur son enregistreur à K7. Tout un morceau sur une face de C90. Quarante-cinq minutes c'est quand même trop court pour un morceau! C'est frustrant, on avait plein de choses à dire, mais bon, la K7 a fait CLAC et a marqué la fin.

JiM a un copain qui connaît quelqu'un qui est l'ami d'un autre, voisin d'un producteur. Il lui a passé la K7 (il nous l'a jamais rendue !). Le morceau s'appelle "Mort des Brontosaures". C'est parcequ'il évoque un combat entre dinosaures...

A la table d'à côté, viennent s'asseoir deux jolies blondes. Elles sont suédoises, en vacances. Ässa et Agnetta. Elles entament la conversation avec nous. En anglais. Heureusement, j'ai tout le vocabulaire de "Dark side of the Moon" assimilé. Ça me laisse une certaine marge de conversation, un peu déprimante c'est vrai, mais fort profonde. Du genre : and now it's time to kill today. Comme je vais mourir avant trente-cinq ans, j'ai la dimension tragique.

Au moment de partir, Össa et Agnetta nous laissent leur adresses, en Suède. Mes gamètes ibériques dansent la samba à l'intérieur de moi. C'est décidé, je partirai en Suède !

JiM, lui, n'aime pas les blondes. Plus tard, j'apprendrai que les brunes non-plus. Et les rousses, peut-être ? Non, non. JiM n'aimait que moi.

Mais moi, je suis déjà comme un Tyrannosaure ivre qui court vers la glaciation. J'irai vers le nord cet été. Voir les vikings, et surtout, leurs filles. Mon Drakkar est prêt. Össa et Agnetta, j'arrive !

1978. Hé, attends !

Avec tout ça, je n'ai plus dix-huit ans. Quoi ? On ne m'avait rien dit, sur le temps qui passe si vite. Je le prends en pleine face, et commence à (encore plus) me demander : qui suis-je ? Qu'est ce que je fais de ma vie ? Est-ce que ça va être toujours aussi moche ? Est-ce que je vais réussir à partir de chez mes parents. Je suis persuadé que je vais mourir avant 35 ans. C'est en permanence là, dans ma tête et une oppression dans ma poitrine.

J'avais deviné : Olivetti me donne mon C4. Je vais à l'ONEM, trois jours plus tard, je réponds à une annonce pour une firme à Nivelles. Logabax.
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C'est une petite équipe d'ingénieurs, issue de Burroughs Seneffe, qui vient de fermer. Ils m'engagent comme, tenez-vous bien, "Field Technical Engineer". J'en sors transformé. Je suis devenu Fils T'es que nica Anginé, dis donc !

Samedi, juin 9 2007

1977. Dernier étage, tout le monde descend

Malgré leur promesse de me donner un travail plus "électronique", je quitte OTIS.
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Je ne les crois pas, et les soupçonne de nous tenir -nous les jeunes recrues- en réserve, mais occupés à faire le sale boulot : nettoyage des cages d'ascenseur, graissage des guides, souffre-douleur des anciens...

J'ai répondu à une annonce dans le VLAN, et suis convoqué pour une entrevue à OLIVETTI...
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C'était pas vraiment cette ambiance, hein ! Vieillot, mais pas à ce point. Et beaucoup moins sexy. Je suis engagé, en contrat de 6 mois. Je travaille dans un vieil immeuble, quai des charbonnages, au bord du canal, à réparer des calculateurs électro-mécaniques. L'électronique se pointe doucement, je commence à travailler avec les circuits logiques. Après les six mois, on verra pour mon contrat. Je vous le dis déjà, c'est tout vu. Ils vont me le renouveler mon contrat, pour encore six mois. Puis, comme ils ne peuvent plus et devraient m'engager ferme, ils vont me virer, je vous le parie en mille. Je les connais. Qu'est ce qu'on parie ?

1977. 18 ans, pour moi, c'est aussi...

Comme Espagnol, commencer à essayer de vivre après ça, survenu peu avant, en 1975. Champagne !!! :

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