
Là oui. J'ai dix-huit ans.
La scène se passe chez un ami, JiM. Non, non, il n'y a pas d'erreur de
frappe.
Lui est fils unique, et très gâté. Matériellement en tout cas. Il s'est
offert le nouveau synthé Yamaha, celui qui vient de sortir, et tout un tas
d'autres merveilles qui coûtent un pont. Sur la photo, en haut c'est un strings
Crumar.
Le chevelu, c'est moi. J'ai viré mes lunettes à la Marc Aryan, et j'ai des
rondes métalliques, style Lennon.
On s'enferme dans la chambre à JiM, lui à la guitare électrique, une Strato
blanche branchée à une flopée de pédales. Moi, je viens d'acheter avec un de
mes premiers salaires, une imitation Les Paul noire d'occasion, à un ami
Espagnol. 800 francs. Une beauté (la guitare...).
Mais JiM joue beaucoup mieux que moi, et je la laisse à la maison.
Je programme les synthés, séquenceur analogique seize pas, et on décolle. Je
fume toujours un pétard avant de débarquer chez lui, mais je lui dis rien. Il
m'a l'air trop sérieux, pas fumeur, ni buveur, ni de filles. Les
apparences...
On s'enferme pendant plusieurs heures dans des envolées à la Pink Floyd,
Tangerine Dream, etc. Je dis "à la" parce qu' on ne copie pas.
On s'inspire.
Quand je quitte - relativement tôt - sa maison, je traîne dans les bistrots
espagnols de la gare du Midi, où on me regarde de travers à cause de mes
cheveux.
Ou bien, plus souvent, je vais finir la soirée au club Garcia-Lorca, rue des
Foulons, et danser avec une guitare virtuelle, sur Wolle Lotta Love. Puis,
boire des Sol y Sombra avec mes vieux copains d'enfance, en me demandant ce qui
me lie encore à eux.
La tête dans les étoiles et l'identité en grand-écart.
J'aurais dû faire ballerine...
M.

J'ai arrêté mes humanités, contrainte et forcée de quitter l'Athénée, suite à
une année mouvementée, traversée par des manifestations lycéennes.Je passe mon
temps à aller voir des concerts, à militer pour ou contre des tas de choses.
J'y reviendrai plus tard peut-être.
J'ai quitté mes parents pour aller vivre en communauté. Une vraie, avec une
seule cuisine et déjà les problèmes de vaisselle apparaissent. La nuit dans la
cave, des copains et des membres de la communauté, sympathisants maoïstes qui
eux travaillent à l'usine impriment des affiches. Nous la journée on travaille
sur des chantiers , et la nuit on essaye de dormir, ça pause des problèmes
politiques. On devient petits bourgeois. Pour avoir des sous je fais de la
peinture en bâtiment, j'ai déjà collé des kilomètres de papiers peints et de
chaume japonais ,à la mode à l'époque, et vidé des litres de peinture.
On part en vacances avec les copains quand même. Je suis sur une moto
( derrière) une Triumph Bonneville 750 , derrière nous une Triumph Tiger
650, ensuite une Jawa, et pour terminer la voiture balai avec les provisions ,
une Mercédès prêtée par un ami Luxembourgeois qui vend des sonos et se fait de
l'or en barre. J'ai encore les baffles qu'il m'a donné à peu près à l'époque.
Au camping on nous prend d'ailleurs pour des Luxembourgeois. Je fais signe aux
motards qu'on croise, c'est complètement stupide mais ça se fait. C'est une
coutume que je ne connaissais pas encore. J'ai une combinaison de cuir noir, ça
en jette, mais dès qu'on ralentit au soleil on crêve de chaud. C'est une photo
du camping en Ardèche, où je n'aurais pas pu rencontrer Olivier, on était en 73
.( Enfin si je ne me suis pas trompée d'année.) à suivre
AC